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L’histoire du design vue à travers les lampes

Écrit par Simone | 9 mai 2019

Le design des lampes a bien évolué. Les ampoules à incandescence et leurs différentes formes, les matériaux et les styles utilisés dans le design des lampes sont autant de témoins d’une riche histoire.

Les premiers pas

Avant qu’Edison et Swan ne présentent (presque simultanément) leurs lampes à incandescence, au moins 22 inventeurs avaient déjà imaginé des systèmes similaires. Les lampes d’Edison et de Swan sortirent du lot car elles étaient adaptées à la production de masse et donc à la commercialisation. Plutôt que d’entrer en compétition, Edison et Swan s’associèrent pour donner naissance à la Edison and Swan Electric Light Company en 1883 Leurs premiers produits étaient avant tout fonctionnels et leurs designs des plus basiques, le temps que la société s’adapte à un nouveau mode de vie sans bougies. Il n’a pas fallu attendre longtemps avant que l’on ne commence à expérimenter avec des designs de plus en plus créatifs.

L’Art nouveau

La règle de base en histoire de l’art et du design est que les mouvements naissent le plus souvent en réaction aux mouvements précédents, si bien que la fumée de l’ère industrielle à peine dissipée, le public a cherché à s’émanciper de l’industrie de masse et du design victorien. En Angleterre le mouvement Arts & Crafts, littéralement « Arts et artisanats », avec à sa tête William Morris, sa focalisa alors sur l’artisanat et les éléments naturels.

À la même période, un mouvement similaire, bien que plus souple sur la règle « tout doit être fait main », émergeait. Défini par des motifs inspirés de la nature ; tiges de fleurs, lignes ondulées et formes asymétriques, il fut affublé de multiples noms. Jugendstil en Allemagne, « Stile Liberty » en Italie, « Decorative Style » en Angleterre. C’est son nom français qui s’imposera à l’international : l’Art nouveau. Parmi les grandes innovations de la période, on retiendra le nouvel alliage de l’usine Osiris en Allemagne, idéal pour le moulage de formes organiques, et les très célèbres conceptions en verre signées Louis Comfort Tiffany.

À gauche : Lampe Art & Crafts de Dirk van Erp | À droite : Lampe Tiffany

Le modernisme

Bien que l’on soit plutôt familier avec le modernisme des années 1950 et 1960, le mouvement prend en réalité racine au début du XIXe siècle. Le modernisme ne fut pas vraiment en réaction à l’Art nouveau pour autant, comme le prouvent les œuvres de Charles Rennie Mackintosh et Frank Lloyd Wright, inspirées elles-aussi de formes naturelles. Louis H. Sullivan capture l’essence du modernisme dans un principe fondamental formulé de la manière suivante : « la forme suit la fonction ».

Mackintosh, Wright et Sullivan ont eu une influence considérable sur les designers d’Europe et des États-Unis. Leurs travaux ont permis l’émergence des mouvements d’art et de design les plus importants du XXe siècle, parmi lesquels le futurisme, le cubisme et constructivisme. En Allemagne, l’école Werkbund s’efforçait d’appliquer les enseignements du design moderniste dans la conception de meubles et objets décoratifs destinés à la production en série. Aux Pays-Bas, un magazine appelé De Stijl fut fondé pour promouvoir des théories radicales sur l’esthétique des objets et des œuvres d’art. À peu près à la même époque, Walter Gropius fonde l’école du Bauhaus, mouvement basé sur les formes simples et fonctionnelles, comme l’atteste la lampe ME1 par Wilhelm Wagenfeld.


À gauche : Lampe par Frank Lloyd Wright | À droite : Lampe ME1 par Wilhelm Wagenfeld

L’Art déco

En 1925, le gouvernement français organisait une gigantesque foire mondiale : l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes, mettant en vedette le nouveau style moderne en matière de design. Plus de 16 millions de visiteurs venus du monde entier se rendirent à Paris, couronnant l’événement d’un succès retentissant.

C’est parce que l’Art déco emprunte à de nombreuses sources, toutes différentes et parfois contradictoires bien qu’unies dans un même désir de modernité, qu’il est un mouvement difficile à définir. On y retrouve les lignes droites et géométriques propres au cubisme, les influences des arts chinois, japonais, indien, perse, de l’Égypte antique et même de la civilisation Maya, l’utilisation de matériaux rares et chers comme l’ébène et l’ivoire, le tout dans des objets délicieusement manufacturés. Les divers aspects du design Art déco se reflètent dans la variété des œuvres d’Émile-Jacques Ruhlmann, René Lalique et du duo de designers Louis Sognot et Charlotte Alix.


Émile-Jacques Ruhlmann | René Lalique | Sognot & Alix

Le modernisme du milieu du siècle

La seconde guerre mondiale a mis un terme à l’opulence de l’Art déco. Les ressources se firent soudainement rares. Les nations auparavant capitales de l’art et du design comme la France, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas étaient les plus touchées et, après la guerre, ont du se concentrer sur la reconstruction du continent. Pendant ce temps, le retour de ses soldats a permis aux États-Unis de traverser un véritable boom économique. Et tous ces vétérans avaient bien besoin de se meubler, après tout. Ceci, en plus du fait que beaucoup des meilleurs designers européens y aient émigré, a fait de New York le nouvel épicentre du design, après Paris et Berlin. Le modernisme du milieu du siècle. À New York, Charles et Ray Eames, Florence Knoll et George Nelson vécurent leur heure de gloire.

Alors que le vieux continent pansait encore ses blessures, les concepteurs de lampes désiraient répondre à l’essor du design américain. À Copenhague, Poul Henningsen inventa sa fameuse lampe PH et Arne Jacobsen créa le SAS Royal Hotel, le cygne et l’œuf, deux designs de chaises mythiques, ainsi que la lampe AJ. En Finlande, les formes simples et élégantes régnaient en maître et des artistes tels que Lisa Johannson-Pape donnèrent vie au mouvement littala. Mais les designs les plus extraordinaires nous viennent certainement d’Italie. Achille Castiglioni conçut la très chic lampe Arco, quand Vico Magristretti créait la lampe de table Dalu.

La lampe PH de Poul Henningsen

Pop et postmodernisme

Essayer de créer des objets objectivement beaux et fonctionnels est salutaire, mais que se passe-t-il lorsque l’on place la forme avant la fonction et que nous arrêtons de faire du « bon » design ? C’est ce qu’Ettore Sottsass, Ennio Lucini et George Sowden ont cherché dans le mouvement anti-design. Au lieu de se focaliser sur les standards stricts de beauté établis par le mouvement moderniste, les anti-designers soutenaient que les objets devaient être uniques, fonctionnels et devaient prêter à la réflexion. Le but n’était pas de rendre les objets intemporels.

Le Studio Alchimia et le Groupe Memphis se sont construits sur ces fondamentaux renouvelés, notamment avec la lampe Sinerpica de Michele de Lucchi, la Super Lamp de Martine Bedin et la lampe de table Tahiti par Ettore Sottsass. À son tour, le mouvement du New Design se fit connaître avec des designers de talent tel Philippe Starck, gardant l’Art nouveau dans le rétroviseur avec sa lampe « Miss Sissi ».

Super Lamp par Martine Bedin

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